Allez-vous cesser de m’interrompre?

« De retour après la pause. »  Non mais, combien de fois l’avons-nous entendue, celle-là?  Mille fois, cent mille fois?

Pendant des décennies, les publicitaires ont mené une vie assez aisé en faisant essentiellement une chose : interrompre les gens.

  • La finale de la coupe Stanley?  « De retour après la pause. »
  • La finale de Lance et Compte? « De retour après la pause. »
  • Le gala de l’ADISQ?  « De retour après la pause. »
  • Et ma préférée : Une émission spéciale sur l’oeuvre de Marcel Bleustein-Blanchet? « De retour après la pause. »

Pas surprenant que les consommateurs font tout pour éviter les publicités.  Il faut dire que nous sommes loins des premiers pas de la radio où les gens se donnaient rendez-vous pour écouter les romans-savon, « une gracieuseté de Oxydol ».  (D’ailleurs, si vous êtes férus de l’histoire de la radio, je vous recommande chaudement l’émission Il était une fois la radio, diffusée à la radio de la SRC .)

Maintenant équipés de leurs récepteurs vidéo personnels, les gens coupent allègrement les publicités, afin de ne pas se retrouver constamment en état de coït interrompu.  Il se trouve des marketeurs nostalgiques qui déplorent cette situation, mais avouons-le : on a couru après!

Après 60 ans à déranger les gens, les publicitaires qui ont du succès sont ceux qui ont résolu de tisser des liens avec les consommateurs (je déteste ce mot).  Comme le dit Seth Godin, l’équation est simple : ils transforment les inconnus en amis et les amis en clients loyaux.  Bien évidemment, l’équation est simple, mais il est plus difficile d’arriver à ses fins.  Habitués d’être ceux qui dérangent et interrompent, les publicitaires doivent désormais être des entre-metteurs entre les vendeurs et les consommateurs.

Il faut dire que les outils ne manquent pas, à commencer par les nouvelles stratégies numériques.

C’est maintenant que le mot « séduction » prend tout son sens.  Par le passé, certes, oui, nous mettions les efforts nécessaires pour mettre en ondes des messages divertissants et pertinents, mais encore, c’était pour rendre l’interruption plus agréable.  De nos jours, avec le consommateur (oui, encore ce mot) qui a tous les leviers en main, la séduction devient réellement un jeu à deux.

Après l’interruption, il faut mettre le cap sur la relation.

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