Pas toujours gai, les gais

Holding Hands

 

Patrick Lagacé a lancé le débat chez nous il y a quelques semaines : les homosexuels « dans le placard » ont-ils un devoir de solidarité ? Le sujet a également été repris la semaine dernière, par Marie-Claude Ducas, sur son blogue.

Moi qui évolue dans un milieu ouvert à l’homosexualité, au sein d’une organisation exemplaire, j’ai pris le temps d’y penser.  Pourtant, j’assume qui je suis depuis près de 25 ans …  pourquoi ai-je eu besoin d’y réfléchir ?  Par peur de blesser (mes parents, mon frère), par peur d’indisposer (mon conjoint, mes clients), par peur de déranger (ma carrière, la perception qu’on a de moi) ?  Je ne sais pas.  Mais, chose certaine, je viens d’écrire le mot « peur » trois (non, quatre !) fois en quelques lignes …

Alors pourquoi un billet sur l’homosexualité ?

Parce que nous, publicitaires et communicateurs, aimons être (ou penser que nous sommes) les premiers à pousser la créativité, la technologie et les idées plus loin, afin de toucher, sensibiliser, faire réfléchir.

Pourtant, la pub est encore aujourd’hui exclusivement le miroir de la majorité.  Certes, on y voit à l’occasion des minorités culturelles, mais pas d’homosexuels.  Sauf, évidemment, quand vient le temps de vendre aux gais – ce segment mythiquement composé de « conjoints-de-même-sexe-plus-fortunés-et-pourvus-d’un-revenu-discrétionnaire-important » – on voit se poindre l’incontournable couple de beaux gars aux dents blanches avec leur golden retriever, qui nous vantent le mérite d’une institution financière, d’un courtier immobilier ou d’un concessionnaire automobile.  Mais hormis ça, point de salut.

Qu’on me comprenne bien, je ne milite pas pour une présence accrue des homosexuels dans l’imagerie publicitaire, ce serait ridicule.  Je n’utilise cet exemple que pour illustrer qu’une industrie qui se voit à l’avant-garde des idées, et qui est renommée pour sa tolérance – et même mieux – pour son acceptation de l’homosexualité, génère un produit où les gais demeurent dans le placard (et derrière la caméra).

C’est pour ça que je pense que les jeunes homosexuels ont besoin de savoir qu’effectivement, « it gets better ».  Et je pense qu’il est de notre responsabilité à tous, homosexuels et hétérosexuels, de leur dire (par nos propos, nos gestes, notre travail) que nous sommes tous solidaires avec eux.

Parce que – heureusement – l’amour, lui, ne fait pas de discrimination.

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