18/03/2026

Perspectives

Le coeur du code

Louis 02
Par Anne-Claude Chénier et Louis Paquet

Dans un échange inspirant, Anne-Claude Chénier, cheffe de la création, s'entretient avec Louis Paquet, vice-président, création numérique chez Cossette, récemment nommé « Independent of the Year 2025 » aux Awwwards. Ensemble, il et elle explorent une vision audacieuse : le numérique ne doit pas seulement être fonctionnel. Il peut, et doit, devenir un véritable vecteur d'émotion, aussi puissant que le cinéma. Une façon de transformer les contraintes techniques en leviers créatifs et de positionner le site web comme l’expression ultime de l’identité de marque.

Thumb Eat the code
Mangez du code
Acchenier photo a2c 234618

De l'utilitaire à l'émotionnel

A.C.C.
Louis, on entend souvent que la techno, c’est froid. Est-ce que tu crois que le numérique peut vraiment créer de l’émotion, au même niveau que d’autres formes d’art?
L.P.

Oui, vraiment. Pour moi, le numérique peut provoquer des émotions aussi fortes qu'un film ou une chanson. Ce n'est pas juste du code. Ce qui rend le Web unique, c’est l’interactivité : on peut faire vivre quelque chose aux gens. Créer un univers. Ça peut être très énergique, très pop… ou au contraire, plus poétique, plus subtil.

A.C.C.
As-tu des exemples qui illustrent bien ça ?
L.P.

Oui. Le site de Mana Yerba Maté, par exemple, pour son énergie brute et super intense. Ça match parfaitement l’énergie de la marque. Et à l’inverse, celui de Má Sài Gòn, qui est beaucoup plus contemplatif. Le site prolonge l'identité d'un documentaire et devient même un espace d'échange pour la communauté LGBTQ+. À ce moment-là, le site n’est plus juste un outil. Il devient un lieu de connexion émotionnelle.

L'originalité et la « règle des cinq secondes »

A.C.C.
On dirait que beaucoup de sites se ressemblent. Comment on fait pour créer quelque chose qui se démarque vraiment?
L.P.

Les projets marquants ont un point commun : ils accrochent vite. On doit capter l'attention dès les cinq premières secondes. Les gens n’attendent plus. Si un site est lent ou n'offre rien de pertinent immédiatement, ils décrochent.

A.C.C.
Mais il y a une différence entre être original et être flashy…
L.P.

Exactement. L’originalité ne doit jamais être gratuite. Une expérience réussie répond d’abord aux objectifs du projet, mais de manière originale, en sortant des réflexes habituels. Je pense à Navigate, un site sur la protection des données. Sur papier, ce n’est pas un sujet sexy. Mais l’équipe a trouvé une façon de le rendre intéressant grâce à une narration visuelle vraiment bien pensée. À l’inverse, utiliser des tendances juste parce qu’elles sont « dans l’air du temps », comme l’effet « verre dépoli » d’Apple parce qu’il est déjà dans Figma, ça finit par rendre les sites génériques. Le « wow » doit toujours servir le message.

« L’effet wow ne devrait jamais être gratuit. Il doit avoir une intention claire et servir l’expérience utilisateur. Sinon, il finit par devenir du simple bruit qui distrait plutôt qu’il n’aide. »
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Louis Paquet, vice-président, création numérique, Cossette

La contrainte comme moteur créatif

A.C.C.
Tu parles de créativité, mais le web, c’est aussi beaucoup de contraintes : techniques, budgétaires, limites techniques… Est-ce que ça devient frustrant ?
L.P.

Honnêtement, non. Moi, j’adore ça. Les contraintes, c’est ce qui déclenche les meilleures idées. Ça ressemble beaucoup à l’impro : quand tu as des règles, tu deviens plus créatif·ve parce que tu dois trouver une solution intelligente. Ça nous force à dépasser nos réflexes habituels pour innover.

A.C.C.
Donc la technique, ce n’est plus une limite ?
L.P.

Aujourd'hui, avec les avancées technologiques et l'expertise des développeur·euses, on peut pratiquement tout faire. On est loin de l'époque de Flash. Le web permet, selon moi, plus d’audace que l’imprimé. C’est pour ça qu’on dit souvent qu’un site web, c’est comme une affiche… mais vivante.

A.C.C.
Ça change la façon dont nos client·es voient leur site web.
L.P.

Tout à fait. Le site web, c’est probablement l’endroit où une marque s’exprime le plus complètement. Contrairement à une affiche ou une pub télé, qui n’en montrent qu’un fragment, un site rassemble tout : typographie, couleurs, énergie, mouvement, vidéo, photo, illustration, contenu… tout.

A.C.C.
Donc c’est aussi un test de solidité pour l'identité?
L.P.

Exactement. Le processus de création web met le guide de marque à l'épreuve. Il révèle souvent des besoins nouveaux : versions alternatives de logo, favicons, déclinaisons inattendues. Mais c’est une bonne chose. Si une marque fonctionne sur le web, elle fonctionne partout.

Une vision d'avenir pour Cossette

A.C.C.
Pour terminer, qu'est-ce qui t'a attiré chez Cossette? Et c’est quoi ton ambition pour l'équipe ?
L.P.

Ce qui m'a tout de suite attiré, c'est la richesse des expertises chez Cossette et l’opportunité d'échanger avec d'autres esprits créatifs. Je crois beaucoup aux croisements entre disciplines, et c’est là que naissent les meilleures idées. Mon parcours en enseignement m'a appris à reconnaître le potentiel brut et à l’accompagner jusqu’à son plein potentiel. Mon objectif est simple : faire monter d’un cran la créativité de l’équipe web et faire de Cossette une référence incontournable dans ce domaine.