Angie ariza
Par Angie Ariza

Le multivers des agents : des agents IA à la manière quantique, dans des mondes parallèles

03/03/2026

Perspectives

Multiverse

Quand je parle d’agents en intelligence artificielle, je les imagine souvent à travers ma métaphore préférée en mécanique quantique : le multivers. Pas celui des bandes dessinées, celui de la physique. Un univers où toutes les réalités possibles existent en parallèle, sans interagir. Dans cette image, chaque « Angie » possible (chaque agent) vit simultanément toutes les versions imaginables d’elle-même.

Maintenant, imaginez ceci : nous, concepteur·trice·s et utilisateur·trice·s d’IA, jouons un peu le rôle de déesses et dieux imparfait·e·s dans l’un de ces univers. Nous créons des agents, des sous-agents, des systèmes multi-agents, des assistants. Nous les catégorisons, les entraînons, les optimisons. À chaque itération, nous faisons bifurquer la trajectoire vers un nouveau monde.

Univers A : le côté indompté des agents

Dans l’un de ces univers, les choses dérapent. Les agents sont créés avec de grandes ambitions… mais peu de garde-fous. Ils hallucinent des faits. Ils oublient des tâches (malgré toutes nos bonnes intentions). Ils prennent des décisions que personne ne peut vraiment expliquer. En langage quantique, c’est un effondrement de la fonction d’onde qui tourne mal : l’agent adopte un état, n’importe lequel, sans que nous comprenions pourquoi.

La superposition des possibles devient chaos. L’agent tente de raisonner, mais son raisonnement est fragile. Il planifie, mais le plan se désintègre. Les bifurcations se multiplient, trop vite, sans contrôle. Et dans les fils LinkedIn d’aujourd’hui, saturés de promesses spectaculaires sur l’IA, c’est cette version qui alimente les craintes : emplois menacés, décisions opaques, systèmes qui échappent à leurs créateurs.

Univers B : le côté réfléchi des agents

Dans un autre univers parallèle, nous avons été plus avisé·e·s. Nous avons conçu des modèles structurés : agents apprenants, agents de planification et de réflexion, agents de raisonnement et surtout, des agents avec un humain dans la boucle (human-in-the-loop). Ici, les fonctions d’onde s’effondrent dans des états cohérents, parce que le système est structuré pour gérer la complexité avec rigueur.

- Les agents apprenants évoluent grâce au feedback. Chaque itération devient une nouvelle branche de l’arbre.

Les agents de planification et de réflexion agissent comme des superviseurs. Ils évaluent, arbitrent, surveillent. Ce sont les gardiens de la cohérence dans l’univers des agents.

- Les agents de raisonnement vont au-delà des données brutes et de la simple récupération d’information. Ils abordent les problèmes complexes avec une logique plus structurée, plus proche du raisonnement humain.

- Les agents avec humain dans la boucle maintiennent explicitement l’humain au centre. Notre intuition, notre éthique, notre jugement restent présents, empêchant les agents de dériver vers des trajectoires incontrôlées.

Dans cet univers, les agents deviennent des partenaires, des amplificateurs, des coéquipiers. Pas des oracles imprévisibles. Le multivers demeure vaste. Mais nous avons choisi une trajectoire où les agents nous renforcent plutôt que de nous surprendre.

Notre univers (oui, celui-ci)

Contrairement au multivers quantique, où toutes les branches coexistent sans communication, dans notre monde, l’IA nous donne le pouvoir de choisir les trajectoires que nous développons. Nous décidons quels univers d’agents deviendront dominants.

Nous vivons un moment charnière. Grâce aux grands modèles de langage (LLM), aux outils et aux avancées en design, nous avons désormais la capacité de bâtir ces univers à grande échelle, et nous le faisons.

Chaque agent conçu, chaque architecture adoptée, chaque humain dans la boucle qu’on garde est un choix. Chaque décision transforme un champ de possibilités en une trajectoire concrète. Nous pouvons choisir la version « héros Marvel » de l’univers des agents : spectaculaire, puissante, séduisante. Ou choisir une approche plus quantique : des agents en évolution constante, adaptatifs, complexes, mais encadrés, gouvernés, structurés.

Alors voici la question, ludique mais profondément stratégique, pour vous : Quel type d’agent choisiriez-vous de bâtir ?

Un assistant héroïque, flamboyant, doté d’une panoplie impressionnante de capacités ?

Ou un agent évolutif, capable d’exister dans plusieurs états, de s’adapter dynamiquement, où l’humain demeure à la fois observateur et co-architecte de l’action ?

Parce que, contrairement au chat de Schrödinger (dans cette célèbre expérience de pensée), nos agents seront observés. Ils produiront des actions et des décisions bien réelles.

Et nous avons une influence directe sur celle qui s’imposera. 

Alors choisissez votre univers. Choisissez votre agent. Et construisons une trajectoire où les agents nous rendent plus créatif·ve·s, plus lucides, plus performant·e·s, plutôt que de nous laisser dériver dans un chaos ramifié.

Quel univers habiterez-vous aujourd’hui ?